"Entre besoins et désirs, il y a beaucoup de médiations. À vrai dire, il y a tout : la société entière (activités productrices et modalités de la consommation), la culture, le passé et l'histoire, le langage, les normes, les injonctions et les interdictions, la hiérarchie des valeurs et des préférences. Le désir ne devient tel que pris en charge par l'individu à travers ses conflits, voulu et accepté, confronté consciemment avec le "bien" (l'objet) et la jouissance apportée par le bien. Il ne devient vraiment désir qu'en devenant puissance vitale et spirituelle, acceptée et exercée par l'individu, vie métamorphosée en conscience créatrice, créante et créée : en redevenant besoin. Initialement, le besoin est nature ; il devient oeuvre et s'achève en oeuvres. (...)
"Il y a donc passage, tantôt ininterrompu, tantôt rompu, du besoin au désir à travers le social et la vie entière. Entre moi-même et moi, ou si l'on veut entre "je" et "moi", ou plutôt entre "moi" et "je" pris dans la vie quotidienne, il y a tout, et d'abord le langage qui permet d'atteindre la conscience du désir et de l'insérer dans la praxis (sociale). (...)
"Mais cette vision est encore trop simple."
Henri Lefebvre, Critique de la vie quotidienne, II : Fondements d'une sociologie de la quotidienneté, Paris, L'Arche, 1961, 14, 16.
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