Certains auteurs ont tendance à diminuer la réalité de la démocratie participative en la réduisant à l'exercice de la parole dans un espace à part. Or, c'est avant tout dans la pratique, dans le travail de tous les jours, que la démocratie doit être construite. C'est dans l'affirmation d'un droit de parole, d'action et de décision dans la vie de tous les jours, y compris au sein des institutions sociales et économiques, que les citoyens et les citoyennes apprennent à ne pas être subordonnés. Si l'on vit une existence de subalterne dans la pratique, est-il étonnant qu'on se montre plein de déférence face au pouvoir ? C'est pour cela que Tony Andréani avait raison d'écrire : "La seule démocratie véritable est la démocratie directe, parce qu'elle met à bas la division du travail gouvernants-gouvernés, parce que c'est le peuple en personne qui prend les décisions."
Dans cette optique, est-il possible pour l'école d'être démocratique ? Certains auteurs qui se disent des défenseurs de l'idéal démocratique le nient, en voyant dans l'institution scolaire l'inévitabilité d'une division technique du travail entre ceux et celles qui reçoivent l'éducation d'une part, et de l'autre ceux et celles qui "possèdent" le savoir en raison de l'autorité que leur confèrent leurs nombreuses années d'étude et de formation pratique. Il s'agit toutefois d'un argument erroné.
La raison pour laquelle l'école n'est pas démocratique n'est pas parce que le professeur "possède" les connaissances et les étudiant-e-s ne les "possèdent" pas. C'est plutôt parce que le professeur a derrière lui tout le poids d'une institution qui peut donner ou ne pas donner aux étudiant-e-s une accréditation dont la valeur sur le marché est considérable. C'est aussi parce que ce pouvoir institutionnel reproduit une idéologie, donnée comme naturelle, de la connaissance et de sa hiérarchie. Et c'est parce que l'institution confère au professeur le pouvoir de déterminer l'ordre du jour dans le cours : qu'est-ce qui s'y dira et s'y lira, qui le fera, quand ce sera fait.
Au coeur de l'école, il y a un contrat social implicite constituant un pouvoir. Mais qu'en serait-il si les étudiant-e-s se réunissaient en dehors de toute institution, formaient une association égalitaire et apprenaient par eux-mêmes - comme dans le monde imaginé par William Morris dans son livre Nouvelles de nulle part (News from Nowhere) ?
Paul Leduc Browne
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