Si toute propagande a tendance à construire un groupe d’appartenance, elle n’emprunte pas forcément et toujours la voie de l’exclusion explicite de l’Autre. Souvent, la propagande cherchera plutôt avant tout à brosser un tableau attrayant du groupe d’appartenance. Dans son livre, Reclaiming William Morris, Michelle Weinroth montre par exemple comment le célèbre homme d’État britannique, Stanley Baldwin, chercha à rallier le peuple en lui faisant miroiter l’idylle d’une Angleterre rurale et ensoleillée, où les brises d’été imprégnées du parfum des fleurs sauvages venaient rafraîchir les braves campagnards.
Le patriotisme s’alimente souvent de tels portraits du pays, pleins
de rappels d’expériences d’enfance (réellement vécues ou imaginées) de vacances
passées dans la nature, pleins d’évocations de paysages. Les images par
lesquelles CBC et Radio-Canada mettent fin à leurs journées d’émissions en sont
un bel exemple : on y voit avant tout de splendides paysages ruraux et
urbains a mari usque ad mare, de
Terre-Neuve à l’Océan Pacifique, mettant en scène et en valeur l’immensité
sublime du Canada, célébrant la beauté spectaculaire de ses fjords, de ses
montagnes, de ses fleuves et de ses prairies, créant l’impression que l’État canadien
est aussi solide et durable que cette nature sempiternelle.
Plusieurs vidéos célébrant les manifs-casseroles au Québec en 2012 offrent un tout autre, mais très bel exemple de messages propagandistes qui construisent de manière esthétique une communauté idéale, non seulement afin de recueillir l’appui des partisans, mais afin de transformer la façon la manière dont les gens vivent la lutte et ses enjeux. La superbe vidéo de Jérémie Battaglia, « Casseroles – Montréal, 24 mai 2012 » (http://vimeo.com/42848523), est un modèle dans ce genre. Il nous montre, pendant un peu moins de quatre minutes, des personnes de tout âge et de toute condition marchant dans la rue en tapant sur des casseroles. Il s’en dégage non seulement le puissant sentiment d’une joie débordante, d’une liberté qui surgit, de l’unité et de l'ampleur extraordinaire d’un mouvement, mais aussi d’un monde nouveau qui éclôt. Ce petit film fait naître en chacun une utopie, celle de « la foule immense où l’homme est un ami », pour citer le vers de Paul Éluard.
Toutes les tendances politiques déploient des efforts de propagande qui mettent en scène des activités collectives visant un but commun dans le but d’inspirer l’allégeance et l'identification à un groupe d’appartenance. L’exemple classique, encore minutieusement étudié aujourd’hui, tant il était efficace, est le film de Leni Riefenstahl, « Le triomphe de la volonté », apologie de Hitler et paean à la gloire du Parti national-socialiste allemand.
Le court film de J. Battaglia et celui, beaucoup plus long, de Leni Riefenstahl, sont toutefois aux antipodes l’un de l’autre.
Leni Riefenstahl cherchait non seulement à présenter l’image d’un peuple uni, homogène, mû par la volonté d’un seul homme. Elle voulait aussi inculquer le sentiment d’appartenir à cette nation par le martèlement d’images dépeignant la synchronisation toujours plus intense et plus forte des gestes et des paroles sous la tutelle du Führer, le tout culminant en la transformation complète des individus en une seule masse n’agissant plus que comme instrument de ce chef.
Plusieurs vidéos célébrant les manifs-casseroles au Québec en 2012 offrent un tout autre, mais très bel exemple de messages propagandistes qui construisent de manière esthétique une communauté idéale, non seulement afin de recueillir l’appui des partisans, mais afin de transformer la façon la manière dont les gens vivent la lutte et ses enjeux. La superbe vidéo de Jérémie Battaglia, « Casseroles – Montréal, 24 mai 2012 » (http://vimeo.com/42848523), est un modèle dans ce genre. Il nous montre, pendant un peu moins de quatre minutes, des personnes de tout âge et de toute condition marchant dans la rue en tapant sur des casseroles. Il s’en dégage non seulement le puissant sentiment d’une joie débordante, d’une liberté qui surgit, de l’unité et de l'ampleur extraordinaire d’un mouvement, mais aussi d’un monde nouveau qui éclôt. Ce petit film fait naître en chacun une utopie, celle de « la foule immense où l’homme est un ami », pour citer le vers de Paul Éluard.
Toutes les tendances politiques déploient des efforts de propagande qui mettent en scène des activités collectives visant un but commun dans le but d’inspirer l’allégeance et l'identification à un groupe d’appartenance. L’exemple classique, encore minutieusement étudié aujourd’hui, tant il était efficace, est le film de Leni Riefenstahl, « Le triomphe de la volonté », apologie de Hitler et paean à la gloire du Parti national-socialiste allemand.
Le court film de J. Battaglia et celui, beaucoup plus long, de Leni Riefenstahl, sont toutefois aux antipodes l’un de l’autre.
Leni Riefenstahl cherchait non seulement à présenter l’image d’un peuple uni, homogène, mû par la volonté d’un seul homme. Elle voulait aussi inculquer le sentiment d’appartenir à cette nation par le martèlement d’images dépeignant la synchronisation toujours plus intense et plus forte des gestes et des paroles sous la tutelle du Führer, le tout culminant en la transformation complète des individus en une seule masse n’agissant plus que comme instrument de ce chef.
Dans le vidéo de J. Battaglia, le rassemblement et l’union toujours plus grande des gens n’enlèvent rien de leur individualité. S’ils deviennent cette « foule immense où l’homme est un ami », ce n’est pas pour se confondre avec la masse ou marcher au pas, mais bien pour s’affirmer dans toute leur diversité et toute leur singularité. Ce n’est qu’ensemble qu’ils peuvent vraiment s’épanouir, devenir eux-mêmes, en tant qu’individus. La collectivité n'est pas ici la finalité de chaque individu, simple rouage et instrument de la volonté de l'État totalitaire, comme chez Riefenstahl. Au contraire, la finalité est l'épanouissement de l'individu ; mais ce n'est qu'ensemble que les individus peuvent y arriver.
Ces exemples illustrent comment l’utilisation savante de techniques littéraires et esthétiques permet de créer un lieu ou un événement d’où émerge une communauté idéale, qui incarne l’utopie du groupe d’appartenance avançant ensemble vers un objectif commun. À noter que l’absence explicite de l’adversaire dans ces récits ne signifie pas qu’il n’est pas visé, lui aussi. Car il est bien là, sous-entendu, non dit, spectre qui hante l’imagination et qu’il s’agit précisément de rejeter en le reléguant à la catégorie de tout ce qui n’est pas la communauté utopique qu’on vient de construire.
Paul Leduc Browne
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