dimanche 27 mai 2012

Le festival des casseroles

Depuis plusieurs jours, le maire de Montréal et de nombreux hommes d'affaires s'inquiètent de l'impact sur l'économie montréalaise des manifestations contre la Loi 78. Ils disent redouter en particulier une perturbation par cette activité politique des grands festivals qui marquent la période estivale dans la métropole québécoise. Ils ne regardent pas la réalité en face : depuis plusieurs jours, les Montréalaises et Montréalais, tout comme les citoyennes et citoyens de nombreuses autres villes, se sont dotés de nouveaux festivals, à savoir les grandes fêtes populaires nocturnes consacrées au concert des casseroles.

Quelle que soit par ailleurs la qualité du spectacle offert par les festivals institutionnalisés, ils diffèrent fondamentalement de la fête populaire des casseroles. Ceux-ci incarnent l'autonomie créative et collective du peuple, alors que ceux-là représentent l'hétéronomie du consumérisme, de la masse des individus consommant une culture marchandisée. Les festivals institutionnalisés peuvent engendrer le plaisir, faire danser voire rêver - mais on les fréquente en tant que récepteur d'un produit qu'on achète. La fête populaire des casseroles, par contre, est l'acte de groupes qui composent et recomposent spontanément et différemment tous les soirs les temps et les lieux de l’action, jouant des variations de thèmes esquisses les journées précédentes, mais y ajoutant chaque fois des mélodies et des harmonies nouvelles. En ce faisant, la collectivité elle-même se compose et se recompose quotidiennement, donnant forme à son « rêve général illimité ». Au processus économique de la consommation culturelle à l'échelle de l'individu s'oppose ici l'acte de production politique d’une nouvelle culture à l'échelle du quartier, de la ville et de la nation.


Il s'agit d'un remarquable exemple d'innovation sociale, où une invention venant d'autres pays (Chili, Argentine) à d'autres époques dans d'autres contextes est réappropriée, redéployée et diffusée, afin d’exprimer le refus populaire de la loi 78 et afin de combattre celle-ci.


Paul Leduc Browne 

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